La cicatrisation pathologique en bref
- HypertrophiqueReste dans l’incision
- ChéloïdeDéborde de l’incision
- AdhérenteCreusée, attachée en profondeur
- LargePlate, élargie par la tension
- ReprisePas avant 1 an (sauf chéloïde)
- FacteursTension, infection, tabac, soleil, terrain
Une cicatrice est dite pathologique quand son évolution s’écarte de la maturation normale. La cicatrice hypertrophique reste épaisse et rouge mais ne dépasse pas l’incision, et s’améliore souvent en 12 à 18 mois. La chéloïde déborde de l’incision, ne régresse pas et récidive souvent après une simple reprise. La cicatrice adhérente (ou invaginée) est creusée et attachée aux plans profonds. La cicatrice large est plate et souple, mais élargie par la tension. La cicatrice pigmentée est plus foncée que la peau voisine, le plus souvent après une exposition au soleil. Chacune a ses traitements : silicone, massages, injections de corticoïdes, cryothérapie, laser vasculaire, graisse, matrice dermique, crèmes dépigmentantes, peeling ou reprise chirurgicale.
Nouvel article, complément de « La cicatrisation normale ».
1. Cicatrice normale ou pathologique ?
Pendant les premiers mois, toute cicatrice devient rouge, ferme et parfois en relief, avec un maximum vers 2 mois, puis s’affine en 12 mois environ : c’est la maturation normale (voir la cicatrisation normale). Une cicatrice est pathologique quand cette réaction ne régresse pas, déborde de l’incision, ou quand la cicatrice s’élargit ou se creuse.
Le choix d’un chirurgien qualifié, expérimenté et réputé permet de réduire ces risques, voire d’en supprimer certains.
Cicatrice normale, à 1 an : fine, plate et souple.
2. La cicatrice hypertrophique
Comment la reconnaître ?
Elle est épaisse, rouge, en relief, souvent source de démangeaisons, parfois douloureuse. Elle apparaît dans les semaines qui suivent l’intervention et reste dans les limites de l’incision.
Ce qui la favorise
La tension sur la cicatrice et les zones mobiles (épaules, devant du thorax, articulations), un retard de cicatrisation, une infection ou un hématome, le tabac, le jeune âge.
Comment évolue-t-elle ?
Elle s’améliore le plus souvent d’elle-même en 12 à 18 mois, et plus vite avec un traitement.
Les traitements
- gel ou plaque de silicone, plusieurs heures par jour pendant plusieurs mois ;
- massages ;
- injections de corticoïdes dans la cicatrice, qui l’aplatissent et calment les démangeaisons, pratiquées au cabinet ;
- laser vasculaire, pratiqué au cabinet, contre la rougeur ;
- reprise chirurgicale, rarement nécessaire, et pas avant un an.
3. La cicatrice chéloïde
La chéloïde se traite tôt, sans attendre un an.
Comment la reconnaître ?
Elle forme un bourrelet ferme, rouge ou foncé, qui déborde des limites de l’incision sur la peau saine. Elle peut apparaître des mois après l’intervention, continuer à grossir, démanger et faire mal. Elle ne régresse pas spontanément.
Qui est concerné ?
C’est une tendance personnelle, souvent familiale, plus fréquente sur peau foncée et entre 10 et 30 ans. Elle touche surtout certaines zones : lobe de l’oreille (après un piercing), devant du thorax, épaules, haut du dos. Signalez en consultation toute chéloïde antérieure, chez vous ou dans votre famille.
Les traitements
- injections de corticoïdes dans la chéloïde, répétées toutes les 4 à 6 semaines, pratiquées au cabinet ;
- gel ou plaque de silicone ;
- pour le lobe de l’oreille, une boucle compressive ;
- cryothérapie, qui détruit la chéloïde par le froid ;
- ablation chirurgicale, toujours associée à un traitement complémentaire (injections de corticoïdes, parfois radiothérapie de la cicatrice dans les jours qui suivent), car l’ablation seule récidive souvent.
Une chéloïde peut être améliorée et stabilisée, mais le risque de récidive persiste.
4. La cicatrice adhérente ou invaginée
Comment la reconnaître ?
La cicatrice est creusée, en retrait par rapport à la peau voisine, et attachée aux plans profonds (muscle, os) : elle se déprime ou tire quand on bouge. Elle peut être gênante et marquer davantage qu’une cicatrice plate.
Ce qui la favorise
Un hématome ou une infection, une cicatrisation lente, une couche de graisse fine sous la cicatrice, une liposuccion trop superficielle ou une zone où la peau est proche de l’os.
Les traitements
- massages, qui assouplissent la cicatrice et libèrent en partie l’adhérence ;
- libération de l’adhérence sous la peau et injection de graisse sous la cicatrice (lipofilling), qui la soulève et l’assouplit ;
- greffe d’une matrice dermique acellulaire sous la cicatrice ;
- reprise chirurgicale, qui reconstitue les plans sous la cicatrice.
5. La cicatrice large
Comment la reconnaître ?
La cicatrice est plate, souple et blanche, mais plus large que l’incision d’origine. Elle s’élargit progressivement au cours des premiers mois, sous l’effet de la tension.
Ce qui la favorise
La tension sur la cicatrice : dos, épaules, devant du thorax, ventre, cicatrices perpendiculaires aux lignes de tension de la peau ; une reprise trop rapide du sport ou des efforts ; une prise ou une perte de poids importante ; la croissance chez l’enfant.
Les traitements
Une cicatrice large ne s’affine pas d’elle-même. Elle peut être reprise chirurgicalement après un an : la cicatrice est retirée et la peau suturée en plusieurs plans pour réduire la tension. Si la tension persiste, la cicatrice peut s’élargir à nouveau.
6. La cicatrice pigmentée (hyperpigmentée)
Comment la reconnaître ?
La cicatrice est plus foncée que la peau voisine, brune ou grise, parfois entourée d’un halo pigmenté. Elle est en général plate et souple : seule sa couleur est en cause.
Ce qui la favorise
- l’exposition au soleil (ou aux cabines de bronzage) pendant la maturation : une cicatrice encore rouge, donc inflammatoire, fabrique alors du pigment de façon durable ;
- une peau mate ou foncée, plus sujette à la pigmentation après une inflammation (hyperpigmentation post-inflammatoire) ;
- une inflammation prolongée de la cicatrice : infection, cicatrisation lente, frottements répétés ;
- certains médicaments ou produits photosensibilisants appliqués sur la peau.
Comment évolue-t-elle ?
Protégée du soleil, elle s’éclaircit souvent lentement en plusieurs mois ; une pigmentation installée peut toutefois persister.
Les traitements
- une protection solaire stricte (écran total et vêtement), indispensable pendant tout le traitement : sans elle, aucun traitement n’est efficace ;
- des crèmes dépigmentantes, sur prescription, appliquées plusieurs mois ;
- un peeling dépigmentant, pratiqué au cabinet.
Une cicatrice pigmentée se prévient avant tout par la protection solaire pendant toute la première année.
7. Peut-on prévenir une cicatrice pathologique ?
Le risque ne peut pas être supprimé, mais il peut être réduit :
- signaler en consultation une chéloïde ou une cicatrice hypertrophique antérieure ;
- arrêter le tabac avant et après l’intervention ;
- éviter les efforts et les mouvements qui tirent sur la cicatrice pendant les premières semaines ;
- protéger la cicatrice du soleil pendant toute la première année ;
- masser la cicatrice et appliquer du silicone si le chirurgien le conseille ;
- consulter tôt si la cicatrice grossit, déborde ou démange beaucoup : une cicatrice hypertrophique ou chéloïde se traite d’autant mieux qu’elle est prise tôt.
Voir aussi : La cicatrisation normale · Pourquoi arrêter le tabac avant une chirurgie esthétique ?
Questions fréquentes
Comment savoir si ma cicatrice est hypertrophique ou chéloïde ?
Une cicatrice hypertrophique reste dans les limites de l’incision et s’améliore souvent avec le temps. Une chéloïde déborde sur la peau saine et ne régresse pas. Seul l’examen par le chirurgien permet de trancher.
Une cicatrice rouge et épaisse à 2 mois est-elle pathologique ?
Pas forcément : c’est l’aspect normal d’une cicatrice vers 2 mois. Elle devient pathologique si elle ne s’améliore pas, s’épaissit encore ou déborde de l’incision.
Peut-on enlever une chéloïde ?
Oui, mais l’ablation seule récidive souvent. Elle est donc toujours associée à un traitement complémentaire, et la chéloïde est surveillée pendant plusieurs mois.
Quand peut-on reprendre une cicatrice large ou adhérente ?
Pas avant un an après l’intervention, quand la cicatrice a fini d’évoluer.
J’ai déjà fait une chéloïde : puis-je me faire opérer ?
Oui, le plus souvent, mais signalez-le dès la première consultation : le chirurgien en tient compte dans le choix de l’intervention et de la cicatrice, et peut proposer un traitement préventif.
Ma cicatrice a bruni : est-ce définitif ?
Pas forcément. Protégée strictement du soleil, une cicatrice pigmentée s’éclaircit souvent en plusieurs mois ; des crèmes dépigmentantes ou un peeling peuvent l’y aider. Une pigmentation ancienne peut toutefois persister.
Les cicatrices pathologiques sont-elles fréquentes ?
La plupart des cicatrices évoluent normalement. Les cicatrices hypertrophiques sont plus fréquentes sur les zones de tension ; les chéloïdes sont rares, sauf chez les personnes qui y sont prédisposées.
