Table des matières
- 1 Les grandes catégories d’anesthésie en chirurgie plastique
- 2 L’anesthésie topique
- 3 L’inhalation de Kalinox® (MEOPA)
- 4 L’anesthésie locale
- 5 La neuroleptanalgésie (anesthésie locale avec sédation)
- 6 L’anesthésie générale
- 7 La prise en charge moderne de la douleur post-opératoire
- 8 La consultation anesthésique préopératoire
- 9 Les consignes préopératoires : jeûne, médicaments, hygiène
- 10 Sécurité de l’anesthésie : une discipline en constante progression
- 11 Prendre rendez-vous
Le choix de l’anesthésie en chirurgie esthétique est une décision médicale à part entière, prise conjointement par le chirurgien, le médecin anesthésiste-réanimateur et le patient. Les progrès considérables réalisés ces deux dernières décennies — médicaments d’action courte, monitorage de la profondeur d’anesthésie, échographie pour les blocs nerveux, protocoles de réhabilitation améliorée — permettent aujourd’hui d’adapter précisément le mode d’anesthésie à chaque intervention de chirurgie plastique, esthétique ou reconstructrice.
Dans cette page, le Docteur Victor Médard de Chardon vous présente l’ensemble des techniques anesthésiques utilisées pour ses interventions, leurs indications, leurs avantages, ainsi que le déroulement de la consultation préopératoire obligatoire avec le médecin anesthésiste.
Les grandes catégories d’anesthésie en chirurgie plastique
On distingue cinq grands types d’anesthésie, classés par profondeur croissante :
- L’anesthésie topique (application cutanée)
- L’inhalation de Kalinox® (protoxyde d’azote)
- L’anesthésie locale (injection ciblée)
- La neuroleptanalgésie (anesthésie locale avec sédation intraveineuse)
- L’anesthésie générale, éventuellement complétée par une anesthésie locorégionale
Les trois premières peuvent être réalisées par le chirurgien lui-même au cabinet pour des actes ciblés. Les deux dernières font intervenir un médecin anesthésiste-réanimateur, exclusivement spécialisé dans cette discipline, et se déroulent dans un environnement chirurgical dédié (clinique disposant d’une autorisation d’activité d’anesthésie).
L’anesthésie topique
L’anesthésie topique consiste en l’application d’une crème anesthésiante directement sur la peau. Elle est utilisée pour les actes superficiels et peu invasifs, principalement en médecine esthétique : injections d’acide hyaluronique, injections de toxine botulique (Botox®), microneedling, peelings superficiels.
Ces crèmes associent généralement plusieurs molécules de la famille des anesthésiques locaux — lidocaïne combinée à de la prilocaïne ou à de la tétracaïne. Les spécialités les plus utilisées sont Anesderm® et Emla®.
Pour une efficacité optimale, la crème doit être appliquée au moins une à deux heures avant le geste, sous un pansement occlusif qui favorise la pénétration cutanée. L’anesthésie topique n’engendre aucun retentissement systémique aux doses utilisées et peut être proposée à pratiquement tous les patients.
L’inhalation de Kalinox® (MEOPA)
Le Kalinox® est un gaz médical, également connu sous le nom de MEOPA (Mélange Équimolaire d’Oxygène et de Protoxyde d’Azote). Il associe à parts égales du protoxyde d’azote (50%) et de l’oxygène (50%).
Ce gaz présente deux propriétés complémentaires particulièrement utiles en chirurgie esthétique de cabinet :
- Une action analgésique : il relève le seuil de perception de la douleur, sans la supprimer totalement.
- Une action de sédation consciente : le patient reste éveillé, capable de communiquer, mais détendu, relaxé, parfois euphorique, avec une attitude détachée vis-à-vis de l’environnement.
Le Kalinox® offre un profil pharmacologique idéal pour les actes brefs :
- Effet observable après seulement 3 minutes d’inhalation
- Élimination pulmonaire rapide à l’arrêt, avec retour immédiat à l’état de conscience initial et sans effet rémanent
Au cabinet, le Kalinox® est administré en continu par l’infirmière du Dr Victor Médard de Chardon via un masque que le patient tient lui-même. Il est particulièrement indiqué pour les injections d’acide hyaluronique sensibles (lèvres, cernes), les injections de toxine botulique contre l’hyperhidrose (aisselles, paumes, plantes des pieds), ou encore les injections intralésionnelles de corticoïdes sur des cicatrices chéloïdes.
L’anesthésie locale
L’anesthésie locale repose sur l’injection in situ d’un anesthésique local (xylocaïne, lidocaïne, ropivacaïne, bupivacaïne). Ces molécules bloquent temporairement la conduction de l’influx nerveux au niveau des terminaisons sensitives : le cerveau ne reçoit plus l’information douloureuse en provenance de la zone opérée.
Les anesthésiques locaux diffèrent par leur délai d’action (immédiat pour la lidocaïne, plus retardé pour la bupivacaïne) et par leur durée d’efficacité (1 à 2 heures pour la lidocaïne, jusqu’à 8 heures pour la ropivacaïne). Le choix du produit est donc adapté à la durée prévisionnelle de l’intervention et au besoin d’analgésie post-opératoire.
De l’adrénaline est fréquemment associée à l’anesthésique local. Sa propriété vasoconstrictrice limite le saignement peropératoire, améliore les conditions de travail du chirurgien et prolonge la durée d’action de l’anesthésique.
Les opérations de chirurgie plastique réalisables sous anesthésie locale pure incluent : certaines blépharoplasties(paupières), les otoplasties simples (oreilles décollées), l’exérèse des lésions cutanées (cancers de la peau, naevi, kystes), les nymphoplasties réservées, ou encore les retouches cicatricielles.
Les anesthésiques locaux sont des médicaments très sûrs lorsque les doses maximales rapportées au poids du patient sont respectées, et les réactions allergiques authentiques sont exceptionnelles. Une vigilance particulière est néanmoins de mise chez les patients aux antécédents de troubles du rythme cardiaque ou de syndrome coronarien, en particulier vis-à-vis de l’adrénaline.
La neuroleptanalgésie (anesthésie locale avec sédation)
La neuroleptanalgésie, parfois appelée sédation consciente ou « twilight anesthesia », associe deux composantes :
- Une perfusion intraveineuse de médicaments analgésiques et sédatifs (le plus souvent propofol et rémifentanil à faibles doses), administrée par le médecin anesthésiste.
- Une anesthésie locale délivrée par le chirurgien sur la zone à opérer.
L’objectif est d’abaisser le niveau de conscience et de prévenir la douleur, tout en préservant la respiration spontanée et les réflexes de protection des voies aériennes. Le médecin anesthésiste demeure présent durant toute la procédure et ajuste les doses en temps réel.
Le patient reste conscient, peut répondre à des consignes simples ou échanger quelques mots avec l’équipe, mais ne conserve généralement aucun souvenir de l’intervention grâce à l’effet amnésiant des médicaments utilisés.
Cette technique présente plusieurs avantages par rapport à l’anesthésie générale : récupération plus rapide, incidence nettement diminuée des nausées et vomissements post-opératoires, sortie plus précoce en ambulatoire et reprise plus rapide des activités.
La neuroleptanalgésie est particulièrement adaptée aux interventions de durée modérée et de plage anatomique limitée : blépharoplasties étendues, otoplasties bilatérales, lipoaspirations localisées, mini-liftings cervico-faciaux, rhinoplasties simples, augmentations mammaires par prothèses chez certaines patientes sélectionnées.
L’anesthésie générale
L’anesthésie générale est indiquée pour les interventions de chirurgie plastique plus longues, plus étendues ou plus complexes : mastopexies (lifting des seins), réductions mammaires, abdominoplasties, body lifts, liftings cervico-faciaux étendus, lipoaspirations volumineuses, rhinoplasties secondaires complexes ou interventions combinées (mommy makeover).
Elle est exclusivement pratiquée par un médecin spécialiste en anesthésie-réanimation, assisté par un infirmier anesthésiste, dans une salle d’opération équipée d’un matériel complet de monitorage et de réanimation.
L’anesthésie générale repose sur deux grands principes de contrôle.
Le contrôle de l’état de conscience
Les médicaments anesthésiques sont administrés par voie intraveineuse, parfois complétés par des gaz halogénés inhalés. Ils plongent le patient dans un état de sommeil profond contrôlé, accompagné d’une analgésie, d’une amnésie et d’une myorelaxation (relâchement musculaire) lorsque l’intervention le nécessite.
Le monitorage de la profondeur d’anesthésie par index bispectral (BIS) ou par entropie permet d’ajuster les doses au plus juste, d’éviter le surdosage et de favoriser un réveil rapide et de bonne qualité.
Le contrôle des voies aériennes
La fonction respiratoire est assurée par un respirateur qui délivre un mélange d’oxygène et d’air à intervalles réguliers, soit par l’intermédiaire d’un masque laryngé placé au fond du pharynx, soit par une sonde d’intubation orotrachéaleintroduite dans la trachée. Le choix entre ces deux dispositifs dépend du type d’intervention, de la position chirurgicale et des antécédents du patient.
L’anesthésie locorégionale complémentaire
Pour les interventions de chirurgie mammaire (augmentation, réduction, mastopexie, reconstruction) et de chirurgie de l’abdomen (abdominoplastie, body lift), une anesthésie locorégionale est systématiquement associée à l’anesthésie générale.
Il s’agit de blocs nerveux réalisés au moyen d’une aiguille fine, sous guidage échographique, par le médecin anesthésiste pendant que la patiente est déjà endormie. Les anesthésiques locaux de longue durée d’action (ropivacaïne) sont déposés au contact des nerfs sensitifs de la zone opérée : bloc pectoral (PEC blocs I et II), bloc paravertébral, bloc TAP (Transversus Abdominis Plane).
Cette anesthésie locorégionale prolonge l’analgésie pendant 12 à 24 heures après le réveil, période durant laquelle la zone opérée reste insensible. Cela permet de réduire considérablement la consommation de morphiniques post-opératoires, d’améliorer le confort de la patiente et de favoriser un lever précoce, élément clé de la prévention thrombo-embolique.
La prise en charge moderne de la douleur post-opératoire
Au-delà de l’anesthésie elle-même, la prise en charge de la douleur après l’intervention fait l’objet d’une attention particulière. Elle repose aujourd’hui sur le principe d’analgésie multimodale : associer plusieurs médicaments de mécanismes d’action différents afin d’obtenir une efficacité maximale tout en limitant les doses de chaque produit et leurs effets secondaires.
Cette stratégie combine généralement :
- Le paracétamol à intervalles réguliers
- Un anti-inflammatoire non stéroïdien (lorsque l’intervention l’autorise)
- Un antalgique de palier 2 (tramadol, codéine) en cas de besoin
- Plus rarement un opioïde de palier 3, réservé aux premières heures
- L’anesthésie locorégionale prolongée pour les indications mammaires et abdominales
Ce protocole d’analgésie multimodale, intégré aux principes de réhabilitation améliorée après chirurgie (RAAC), permet une reprise rapide de l’alimentation, une déambulation précoce et une sortie de la clinique dans de bonnes conditions.
La consultation anesthésique préopératoire
Rendue obligatoire par le décret du 5 décembre 1994, la consultation préopératoire avec un médecin anesthésiste-réanimateur doit avoir lieu au moins 48 heures avant l’intervention. Sa durée de validité est de 3 mois.
Cette consultation poursuit plusieurs objectifs essentiels :
1. Établir le dossier d’anesthésie du patient
Le médecin recueille l’ensemble des informations utiles : antécédents médicaux et chirurgicaux, traitements en cours, allergies connues, addictions (tabac, alcool, cannabis, autres substances), antécédents familiaux d’hyperthermie maligne ou de complications anesthésiques.
2. Réaliser un examen clinique orienté
L’examen recherche des éléments susceptibles de modifier la prise en charge : auscultation cardio-pulmonaire, évaluation des voies aériennes supérieures (score de Mallampati, distance thyromentale), recherche de signes d’anémie ou de coagulopathie. Selon les résultats, des examens complémentaires (électrocardiogramme, radiographie thoracique, bilan biologique) ou un avis spécialisé (cardiologue, pneumologue) peuvent être demandés.
3. Informer le patient
Les différentes techniques d’anesthésie envisageables sont expliquées, ainsi que leurs avantages, leurs inconvénients et leurs risques respectifs. Le patient peut poser toutes ses questions et participer activement au choix de l’anesthésie.
4. Définir le protocole anesthésique
À l’issue de la consultation, le médecin anesthésiste rédige un protocole personnalisé précisant :
- La prémédication éventuelle (anxiolytique la veille ou le matin de l’intervention)
- Le type d’anesthésie retenu
- L’antibioprophylaxie adaptée au type de chirurgie
- La prévention du risque thrombo-embolique (bas de contention, héparine de bas poids moléculaire)
- Les consignes de jeûne préopératoire
Les consignes préopératoires : jeûne, médicaments, hygiène
Quelques règles simples conditionnent la sécurité de l’anesthésie :
- Jeûne préopératoire : selon les recommandations actuelles de la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation, les liquides clairs (eau, thé, café noir sans lait) sont autorisés jusqu’à 2 heures avant l’intervention. L’alimentation solide doit être arrêtée 6 heures avant.
- Tabac : un arrêt d’au moins 4 à 6 semaines avant l’intervention est fortement recommandé. Le tabagisme multiplie significativement le risque de complications cicatricielles, infectieuses et thrombotiques.
- Médicaments : certains traitements doivent être adaptés (anticoagulants, antiagrégants plaquettaires, certains anti-hypertenseurs). Les modalités sont précisées par l’anesthésiste lors de la consultation.
- Hygiène cutanée : une douche avec un savon antiseptique est généralement prescrite la veille et le matin de l’intervention.
Sécurité de l’anesthésie : une discipline en constante progression
L’anesthésie moderne est devenue l’une des spécialités médicales les plus sûres. Les progrès du monitorage (oxymétrie de pouls, capnographie, BIS), la pharmacologie des nouveaux agents (propofol, rémifentanil, sugammadex), l’échographie pour les blocs nerveux et la rigueur des protocoles ont réduit le risque anesthésique à des niveaux extrêmement faibles chez le patient en bonne santé.
Aucun acte médical n’est cependant exempt de risque. Les principales complications à connaître restent les nausées et vomissements post-opératoires (10 à 30 % selon les patients et les interventions, désormais largement prévenus par les antiémétiques modernes), les maux de gorge transitoires après intubation, les céphalées, et de façon plus exceptionnelle les complications cardio-respiratoires ou allergiques.
Ces risques sont systématiquement abordés en consultation préopératoire et font l’objet d’une information écrite remise au patient.
Prendre rendez-vous
Le choix de l’anesthésie idéale pour votre intervention de chirurgie plastique se fait en concertation entre votre chirurgien, le médecin anesthésiste et vous-même, en fonction du type d’opération, de vos antécédents et de vos préférences personnelles.
Pour toute question ou demande de rendez-vous, contactez-nous ou prenez directement rendez-vous en ligne via Doctolib.
