Pourquoi arrêter le tabac avant une chirurgie esthétique ?

Cicatrisation, infection, phlébite : ce que le tabac change à une intervention, quand arrêter et comment se faire aider.

Dr Victor Médard de ChardonRédigé et relu par le Dr Victor Médard de Chardon
Mis à jour le

Tabac et chirurgie esthétique en bref

  • Arrêt avant1 mois au moins (idéalement 6 à 8 semaines)
  • Arrêt après1 mois au moins
  • Carboxyhémoglobine7 % en moyenne chez le fumeur
  • Monoxyde de carboneÉliminé en 12 à 48 h
  • RisquesCicatrisation, infection, phlébite
  • AideTabac info service, 39 89

Le tabac réduit l’oxygénation des tissus : la nicotine resserre les petits vaisseaux de la peau, et le monoxyde de carbone de la fumée prend la place de l’oxygène dans le sang. Autour d’une chirurgie esthétique, il augmente le risque de troubles de la cicatrisation, d’infection, d’œdème prolongé et de phlébite. Il faut arrêter complètement de fumer au moins un mois avant l’intervention, idéalement 6 à 8 semaines avant, et au moins un mois après. Votre médecin traitant, un tabacologue ou Tabac info service (39 89) peuvent vous y aider.

Article de 2014, mis à jour et harmonisé avec les pages d’intervention.

1. Que fait le tabac à vos tissus ?

Deux mécanismes réduisent l’oxygénation des tissus. La nicotine provoque un spasme des vaisseaux sanguins et des capillaires de la peau, dont le calibre diminue. Le monoxyde de carbone de la fumée se fixe sur l’hémoglobine à la place de l’oxygène (carboxyhémoglobine) : le sang transporte moins d’oxygène. Chez le fumeur, le taux de carboxyhémoglobine est en moyenne de 7 % ; il peut dépasser 15 % en fin de journée chez le gros fumeur. Le tabac augmente aussi l’agrégation des plaquettes, qui favorise les caillots.

2. Quels risques pour votre intervention ?

Troubles de la cicatrisation

Le tabac peut retarder la cicatrisation, provoquer une souffrance ou une nécrose de la peau, et des cicatrices inflammatoires, rouges voire pigmentées.

Infection

Il augmente le risque d’infection après l’intervention, qui peut nécessiter des antibiotiques, une nouvelle hospitalisation ou une réintervention.

Œdème

Il peut majorer le gonflement de la zone opérée et le faire durer plus longtemps.

Phlébite et embolie pulmonaire

En favorisant l’agrégation des plaquettes, il augmente le risque de phlébite (thrombose veineuse profonde) après l’intervention, et donc d’embolie pulmonaire.

Les interventions les plus exposées

Ce sont celles qui décollent largement la peau : abdominoplastie, lifting du visage, lifting et réduction mammaires. La peau décollée dépend alors de petits vaisseaux que le tabac resserre.

Le choix d’un chirurgien qualifié, expérimenté et réputé permet de réduire ces risques, voire d’en supprimer certains.

3. Quand arrêter de fumer ?

Arrêtez complètement de fumer au moins un mois avant l’intervention, idéalement 6 à 8 semaines avant, et ne reprenez pas avant au moins un mois après, le temps de la cicatrisation. Le chirurgien précise la durée pour votre intervention (6 semaines avant et après pour une rhinoplastie, par exemple). Ces consignes vous sont rappelées par le Dr Médard de Chardon et par l’anesthésiste.

8 semaines avant1 mois avant1 mois aprèsInterventionIdéalementAu moins 1 moisAu moins 1 moisSANS TABAC

Même tardif, l’arrêt est utile : le monoxyde de carbone disparaît du sang en 12 à 48 heures. Mais seul un arrêt de plusieurs semaines réduit vraiment les risques de cicatrisation et d’infection.

4. Patchs et cigarette électronique

Les patchs, gommes et cigarettes électroniques n’apportent ni monoxyde de carbone ni goudrons : ils sont bien moins nocifs que la cigarette et aident à arrêter. Mais la nicotine qu’ils contiennent resserre aussi les vaisseaux de la peau : leur usage autour de l’intervention se décide avec le chirurgien.

5. Et le cannabis ?

Fumé, le cannabis produit lui aussi du monoxyde de carbone : il doit être arrêté comme le tabac. Signalez sa consommation à l’anesthésiste.

6. Se faire aider pour arrêter

  • votre médecin traitant, qui peut prescrire des substituts nicotiniques ;
  • un tabacologue ou une consultation de tabacologie ;
  • Tabac info service : 39 89 et tabac-info-service.fr.

Questions fréquentes

Combien de temps avant l’opération faut-il arrêter de fumer ?

Au moins un mois avant l’intervention, idéalement 6 à 8 semaines avant, et au moins un mois après. Le chirurgien précise la durée pour votre intervention.

Réduire sa consommation suffit-il ?

Non. Les risques diminuent vraiment avec un arrêt complet ; quelques cigarettes par jour suffisent à resserrer les vaisseaux et à apporter du monoxyde de carbone.

Puis-je utiliser des patchs ou une cigarette électronique ?

Ils sont bien moins nocifs que la cigarette, mais la nicotine resserre aussi les vaisseaux. Parlez-en au chirurgien : il décide de leur usage autour de l’intervention.

Que se passe-t-il si je fume quand même ?

Le risque de troubles de la cicatrisation, d’infection et de phlébite augmente. Prévenez le chirurgien : il peut décider de reporter l’intervention.

Quand puis-je refumer après l’intervention ?

Pas avant au moins un mois, le temps de la cicatrisation. C’est aussi l’occasion d’arrêter définitivement.

Sources

  • Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). Tabagisme et anesthésie. Congrès national d’anesthésie et de réanimation 2007, conférences d’actualisation, p. 79-89.
  • SFAR, Office français de prévention du tabagisme. Conférence d’experts : tabagisme périopératoire. 2005.

Voir aussi : la cicatrisation normale · l’anesthésie en chirurgie esthétique · Comment préparer sa peau avant une chirurgie esthétique ?

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